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La Respectable Loge Egalité Justice Progrès.

Un vieux maçon se souvient…

 

     Au convent de 1877, le Grand Orient supprimait l'évocation rituelle "Au nom et sous les auspices du Grand Architecte de l'Univers". L'affaire ne faisait pas l'unanimité dans les loges. Les spiritualistes hostiles à la modification du rite perturbaient profondément la sérénité des débats en agressant constamment les laïcistes. Dans les Ardennes, l'intensité des controverses atteignait son paroxysme et finissait par condamner les loges au style suranné. C'était l'occasion pour des Maçons de Charleville et de Sedan d'ouvrir de connivence des loges vraiment républicaines : La Fraternité à l'Orient de Charleville, Egalité Justice Progrès à l'Orient de Sedan.

 

       Sur les 19 Maîtres ayant fondé le 4 mai 1880 La Fraternité, on en comptait 9 de Sedan : les Frères Damuzeaux, Jost, Liebchutz, Guittard, Torchet, Klein, Godelle, Gippon, et Marée. A la tenue du 14 janvier 1882, La Fraternité se prononce sur la démission de ces 9 Maîtres qui aidés cette fois par des Frères de Charleville, avaient créé dès le 27 décembre 1881 Egalité Justice Progrès, dans une salle louée rue Gambetta..

 

      Le 18 mars 1890, notre loge s'installait dans l'ancien corps de garde du bastion de La Rochette, l'immeuble actuel, acheté à un boulanger de Pouru-St. Rémi..

 

      En 1906, l'association Egalité Justice Progrès régularise son existence par le dépôt de ses statuts à la sous-préfecture de Sedan, " conformément aux dispositions de la loi Waldeck-Rousseau du 1er juillet 1901 ",. La déclaration est insérée au Journal Officiel du 27 janvier 1907.

 

       Nous arrivons au moment où l'application de la loi Briant portant séparation des Eglises et de l'Etat déclenchait une hystérie collective anti-maçonnique chez les religieux. Les catholiques allaient jusqu'à recommander dans leur profession de foi de "…renoncer à Satan, à ses pompes, à ses œuvres, et à la Franc-Maçonnerie".

 

      Il est rappelé à ce propos quelques commentaires du Bulletin paroissial de Sedan.

      Du n° 51 de juin 1911, une définition du Franc-Maçon "… on dit mentir comme un diable mais on pourrait aussi bien dire mentir comme un Franc-Maçon car les Francs-Maçons étant fils de Satan, le premier menteur, on vérifie le dicton "Tel père, tel fils". Les Francs-Maçons sont dignes de leur père ! Ils mentent quand ils parlent, ils mentent quand ils se taisent, ils mentent dans leur nom car ils ne sont pas francs puisqu'ils se cachent, et ils ne sont pas maçons puisqu'ils démolissent…

 

      Du double n° 53/54 d'août/septembre 1911, diatribe contre les journalistes du Petit Ardennais de notre Frère Georges Corneau : "… ils ont besoin de faire croire qu'ils sont de grands savants et nous racontent ce qui s'est passé il y a cent quarante trois mille ans. Le Pét Ard (jeu de mots sur le titre du journal) nous raconte qu'à ce moment là, le singe commençait à se changer en homme. Leurs suppositions sont burlesques. On ne peut s'empêcher de leur crier que l'histoire d'hier est insondable et que c'est Dieu qui a crée l'homme en le faisant à son image"…

 

      Du n° 63 de juin 1912, l'explication de la conduite du bandit Bonnot par les écrits de Jacques Anatole François Thibault dit Anatole France : "Crainquebille, Les Noces corinthiennes, Thaïs, les Opinions sociales, ainsi que la préface pour les discours de Monsieur Emile Combes,  ont fait savourer à l'assassin les délices de l'anarchismes, de l'anticléricalisme et de l'antimilitarisme… Et Bonnot a pris tout à la lettre et poussé les principes jusqu'à leurs dernières conséquences. Voilà à quelles horreurs les mauvaises lectures conduisent la jeunesse d'aujourd'hui"…

 

      La première guerre mondiale n'interrompt pas les pamphlets  qui vont bon train Le concept du complot judéo-maçonnique se développe chez  les Croix de Feu du colonel François de La Roque, chez les Camelots du Roi de l'Action Française de Charles Mauras, et chez les Cagoulards d'Eugène Deloncle. De nombreuses publications se consacrent exclusivement à mettre en cause le Grand Orient dans les scandales de la troisième république et dans la lutte contre la religion. Dans certains milieux, on est bien informé que " Les Franc-Maçons invoquent le diable dans leur rituel initiatique, qu'il crachent sur la croix et qu'ils se réunissent le vendredi saint pour manger de la viande rouge".   

 

       Survient la débâcle du 10 mai 1940. La France va être occupée par l'armée allemande et l'extrême droite s'en donne déjà à cœur joie. Le 10 juillet, l'Assemblée nationale vote les pleins pouvoirs constituants au maréchal Philippe Pétain qui font de lui le chef tout puissant de l'Etat français. On ne parle plus de la République.  La "gueuse" est morte et enterrée. La loi du 17 juillet exclut de l'Administration publique les agents nés de pères étrangers. Elle est complétée par celle du 22 juillet relative à la révision des naturalisations postérieures à 1927 ; 15000 personnes dont 40 % de juifs perdent ainsi la nationalité française. Le 13 août intervient la dissolution des sociétés secrètes, en particulier de la Franc-Maçonnerie avec la mise sous séquestre de ses biens.

 

      En octobre, le gouvernement et l'occupant organisent une importante exposition itinérante dont le thème exacerbe les sensibilités nationalistes face au complot judéo-maçonnique récurrent.

 

      Le 16 juillet 1942, notre immeuble est cédé par les domaines à notre voisin, Paul H… qui en fait une écurie.

 

      On ne peut exorciser une jeunesse de guerre. Remember.  Je me souviens. J'allais sur mes 13 ans en 1940. Les matins d'école, comme la plupart des gosses de mon âge, je chantais  "Maréchal nous voilà". La Marseillaise n'avait pas été supprimée mais elle passait au second plan lorsqu'elle n'était pas oubliée. Le dimanche, comme la plupart des gosses de mon âge, j'allais à la messe de onze heures, à Saint Charles Borromée, où l'archiprêtre vilipendait les juifs assassins de Jésus et les franc-maçons démoniaques de sa paroisse. J'avais deux copains, deux jumeaux. Le père était un modeste tailleur qui travaillait dans son logement sur cour, au 17 de la rue Saint Michel. Un jour, mes copains et leur famille disparurent. Je ne crois pas avoir remarqué une étoile jaune sur leurs vêtements. Pourtant, leurs noms figurent sur la stèle érigée au cimetière communal à la mémoire des israélites morts en déportation.    

 

      J'ai vu des enseignant limogés parce qu'ils n'avaient pas comme tous nos bons Frères fonctionnaires repentis, renié par écrit la Maçonnerie. Comme notre Frère Jean M…, comme notre Frère Albert P…, comme notre Frère Prosper L…, comme tant d'autres, j'ai vécu la calomnie, la discrimination, la haine, les dénonciations, les arrestations arbitraires, les spoliations… J'ai su à quelques heures près, les massacres perpétrés à Gaulier, ou au Warcan, par les miliciens fascistes de Pierre Laval et de Joseph Darnand. J'ai su ce que valait le délit d'opinion.

 

      Comme tous les Français, j'avais selon Pétain la mémoire trop courte pour me rappeler le pourquoi de notre défaite. Enfin ! "Qui dirigeait le régime pourri qui a ruiné et ensanglanté la France ? La Franc-Maçonnerie, paravent maudit de la juiverie internationale". Et maintenant "Qui attaque le gouvernement en créant une atmosphère de défiance ? Le franc-mac" ; "Qui critique les actes du Maréchal  ? Le franc-mac" ; Qui alimente le marché noir ? Le franc-mac"…

      J'en passe.  

      A la libération renaît la République. Un millier de francs-maçons ont été déportés ou tués, la plupart pour leurs activités de résistance ou à cause de leurs origines juives. Les temples ont été pillés, les archives confisquées ou détruites. Les francs-maçons qui n'ont pas fait allégeance à la clique de Pétain  se réunissent de nouveau avec un effectif diminué des deux tiers. Le Sedan maçonnique d'après guerre est réduit à 7 Frères que j'identifie avec leur ancienneté : Jean A…, Cherbourg 1925 ; Henry B…, Charleville 1934 ;  Henri B…, Sedan 1922 ; Lucien D…,  Sedan  1910 ; Roger  L…,  Sedan  1925 ; Charles  Rémi  P…,  Charleville 1933 et René V…, Sedan 1931. Ces Frères sans abri sont accueillis à la Fraternité de Charleville dès le 17 décembre 1944, peu avant l'annulation par l'ordonnance du 31 mars 1945, de la loi supprimant la Franc-Maçonnerie.

 

      Malgré son insistance, la propagande anti-maçonnique de l'Etat Français ne m'avait pas contaminé. Elle m'a plutôt donné à réfléchir sur le comportement excessif des hommes désinformés par les mensonges politiques ou confessionnels. Contre toute attente, elle avait excité mon intérêt pour les ennemies irréductibles que je découvrais, ennemies non de la France, mais de l'ignorance et de la bêtise. En 1951, j'avais l'honneur d'être initié à La Fraternité. J'avais 23 ans.

 

      Le 5 mai 1957, au terme d'une procédure engagée pour la récupération et la remise en état de nos locaux, Charles Rémi P… dévoilait aux Frères de Charleville son intention de réactiver la loge de Sedan. Et le 21 novembre suivant, La Fraternité prenait acte de la démission des 7 Maîtres qui, avec grand plaisir, venaient de satisfaire au projet. Il s'agissait des Frères Henri B… demeurant à Sedan, Henri B… habitant route de Blagny à Carignan, Charles Rémi P… habitant Dom-le Mesnil, Robert R… habitant Sedan, Jean S… demeurant à Mouzon, René V… demeurant à Omont, et moi-même demeurant depuis peu à Joinville-le-Pont.

 

      En effet, sous la présidence du Très Cher Vénérable Charles Rémi P…, la Respectable Loge Egalité Justice Progrès à l'Orient de Sedan s'était réveillée le 10 novembre 1957 avec les discours du Très Illustre Frère Elie R… et du Frère S…. De nombreux Frères visiteurs venus de France et de Belgique, notamment de la Respectable Loge La Fraternité Georges Corneau à l'Orient de Charleville, de la Respectable Loge Iris à l'Orient de Bouillon et de la Respectable Loge La Bonne Amitié François Bovesse à l'Orient de Namur peuvent encore je l'espère, témoigner de la cérémonie.

     

      C'était il y a 50 ans

Un Frère de l'Atelier                                                                                        HAUT DE LA PAGE

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